PRIX DE LA SYNTHÈSE

Les chercheur.es sont souvent amené.es à synthétiser des corpus : compte rendu de colloque, introduction d'un numéro spécial ou d'un ouvrage collectif, préparation d'un éditorial, animation d'une séance de conférence… Trouver les lignes de force et un fil conducteur : cet exercice demande un peu de pratique et une maîtrise des choix (sélection, tri...) qui ne peut être confiée aux IA. Réaliser une synthèse permet souvent de dénicher un résultat inattendu et débloquer une question en suspens dans on propre travail ; de dégager des idées originales et donner une direction innovante à une question de recherche. Il s'agit aussi dans ce travail de dépasser les lieux communs et développer des interprétations subtiles. C'est pourquoi nous avons proposé une formation qui s'est déroulée la semaine du 23 janvier. Suite à cette formation, nous avons lancé le prix de la synthèse des Figures du Mois de l'ILVV. Ouvert à l'ensemble des doctorant.es et post-doctorant.es du champ. La synthèse sera réalisée sur une sélection de quatre “Figures du mois” de l'ILVV (retrouvez toutes les figures ici) qui donnera lieu au “prix de la synthèse”. Un jury composé d'une professeure des universités (économie), d'une chargée de recherche (sociologie de la santé) et d'une post-doctorante (sciences politiques) a examiné huit candidatures anonymisées et a sélectionné les trois lauréates qui se verront proposer :
- la diffusion de la synthèse
- un accompagnement personnalisé par la formatrice pour la rédaction d’un article pour publication
LES TROIS Lauréates 2026
Les figures du mois de l'ILVV et ma recherche !

PAULINE AUCLAIR
LOGEMENT ET MOBILITÉ RÉSIDENTIELLE : PENSER LE VIEILLISSEMENT AU-DELÀ D’UNE LECTURE CENTRÉE SUR LA PERTE
Le vieillissement est souvent appréhendé à partir de ce qu’il ferait perdre. Cette lecture s’inscrit dans des cadres de représentations qui en orientent la perception : quels sont ces cadres et quels sont leurs effets sur les manières de penser, de raconter et de prendre en charge le vieillissement?
Les études du champ abordent le vieillissement à partir de dispositifs sémantiques spécifiques. Par exemple, Clémence Guillermain met en évidence un « style de pensée » structurant la recherche en biologie du vieillissement qui ne relève pas d’une description neutre des mécanismes biologiques. Elle est informée par des représentations profanes anciennes et participe d’une pathologisation du vieillissement. Ce registre ne se limite pas au champ biologique, il se retrouve dans d’autres domaines où l’avancée en âge est associée à la vulnérabilité, à la dépendance ou à la diminution des capacités. Les travaux de Viviane André, en architecture, s’inscrivent dans cette continuité critique, en remettant en cause la théorie d'un rétrécissement systématique de l’espace de vie avec l’âge.
Ces cadres normatifs influencent également les formes discursives disponibles pour dire le vieillissement. Les analyses de Cathy Disler montrent que dans les récits littéraires produits par des personnes vivant en établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes (EHPAD), l’expérience est souvent atténuée ou euphémisée. Cette difficulté à dire renvoie à la force des normes langagières et morales qui encadrent ce qu’il est possible d’énoncer.
De manière convergente, les catégories mobilisées dans l’action publique, telles que celles analysées par Marion IIle-Roussel dans le secteur du logement social, reposent sur des qualifications générales (« bons locataires »). Dans ces différents registres, le langage fonctionne comme un filtre. Certaines dimensions deviennent visibles. D’autres disparaissent. Les représentations dominantes du vieillissement produisent des effets concrets sur les pratiques institutionnelles et spatiales. Et à cet égard, l’enquête de Marion IIle-Roussel montre une perception des personnes âgées comme une catégorie de locataires associée à la discrétion et à la solvabilité. Cette catégorisation, articulée à celle de la vulnérabilité, tend à homogénéiser des situations pourtant différenciées. Or, Viviane André montre que l’investissement de l’espace domestique peut relever de logiques multiples, sans se réduire à une perte de mobilité et au repli, déconstruisant ainsi cadres interprétatifs, qui se traduisent également dans les manières de penser l’appropriation de l’espace.
Pris ensemble, ces travaux soulignent un décalage entre représentations et expériences vécues du vieillissement, tout en montrant que ce décalage est inhérent aux cadres à partir desquels se construisent les savoirs et les interventions. Ce décalage invite à interroger les effets performatifs des catégories mobilisées dans l’action publique.
Dans le cadre de mes recherches sur le relogement de locataires âgés du parc social lors d’opérations de rénovation thermique, ces catégories participent à la production d’un ordre résidentiel qui ajuste les droits, les attentes et les marges de négociation des habitant·es âgé·es. La figure du locataire âgé structure les modalités d’accompagnement, les propositions de relogement ou encore les marges de tolérances vis-à-vis des appropriations domestiques para-propriétaires.
Dès lors, l’enjeu n’est pas uniquement de rendre visibles des expériences, mais de comprendre comment certaines formes de l’habiter en vieillissant deviennent pensables ou non dans les dispositifs institutionnels. Les outils méthodologiques que je mobilise (entretiens in situ, double photo-élicitation, visites commentés) visent à enrichir la description mais aussi à déplacer les cadres d’intelligibilité eux-mêmes, en restituant des rapports sensibles à l’habiter et à la mobilité résidentielle irréductibles à une lecture en termes de perte.
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Thèse en cours. Les effets des politiques de rénovation urbaine sur le peuplement. Analyse comparée de deux secteurs d'habitat au sein de deux agglomérations de l'ancien bassin minier du Nord et du Pas-de-Calais. (mots clés : Vieillissement Cadres de représentation ; Catégorisation ; Habiter ; Action Publique)
Figures de référence
Clémence Guillermain. FIGUREZ-VOUS... que les termes d'usage en biologie du vieillissement cantonnent les processus étudiés au registre des pertes, du déclin et autres développements pathologiques. Figure ILVV du mois de l'ILVV, Mai 2025.
Viviane André. FIGUREZ-VOUS... que les personnes âgées ne se replient pas nécessairement sur l’espace domestique en vieillissant. Figure ILVV du mois de l'ILVV, Octobre 2025
Cathy Disler. FIGUREZ-VOUS... que les romans et récits qui ont pour cadre la maison de retraite ou l'EHPAD tendent à ironiser sur les façons de nommer les personnes qui y habitent. Figure ILVV du mois de l'ILVV, Novembre 2025.
Marion IIle-Roussel. FIGUREZ-VOUS...que les acteurs de l'habitat social considèrent les personnes âgées comme l'archétype des "bons locataires". Figure ILVV du mois de l'ILVV, Décembre 2024
DAUPHINE MAUREAU
LE VIEILLISSEMENT TRANSFORME LES ESPACES INVESTIS : QUELS EFFETS SUR L'ENTOURAGE RELATIONNEL
Le vieillissement, en tant que processus physique et social, affecte les espaces de vie et les mobilités quotidiennes des individus. Julie Pélata montre, à travers l’analyse des Enquêtes Nationales Transport, que les personnes âgées restent davantage à leur domicile un jour moyen de semaine que les personnes plus jeunes, bien que cette immobilité tende à diminuer au fil des générations. Néanmoins, à rebours de l’idée selon laquelle le vieillissement correspondrait à un repli systématique et homogène sur l’espace domestique, les travaux du champ montrent que si l’avancée en âge entraîne en effet une transformation de la géographie quotidienne des individus, ces transformations sont d’une grande diversité. Ainsi dans le domaine de l'architecture et de l'urbanisme, Viviane André identifie plusieurs types de relations aux échelles d’habiter (la pièce, la maison, la parcelle, la rue, le village, le grand paysage et l’espace hors commune) chez ses enquêté·es vieillissant. Certains profils sont marqués par un investissement fort de l’espace domestique au quotidien quand d’autres investissent aussi, voire davantage, le voisinage proche, la vie locale ou encore des espaces extra communaux.
Sans surprise, l’état de santé et l’autonomie des individus constituent un facteur explicatif important de cette diversité de relations aux espaces de vie dans la vieillesse, comme le montre Caroline Laborde ; mais elle montre aussi d’autres facteurs qui apparaissent structurants. L’environnement des individus, les aménagements et les équipements propres aux espaces d’habitations et aux quartiers ont des effets sur la faculté des personnes à sortir de leur domicile et à réaliser certaines activités en extérieur sans l’aide d’une tierce personne. Le genre apparaît également comme un facteur différenciant dans le travail de Julie Pélata, les femmes étant davantage concernées que les hommes par le fait de rester à leur domicile. Enfin, le soutien social dont disposent les individus semble également corrélé à la diversité des activités qu’ils réalisent au quotidien : les personnes qui disposent de relations sociales fréquentes réalisent des activités plus variées, selon Marie Meyer, activités effectuées à l’extérieur du domicile (cours du soir, bénévolat, clubs de loisirs).
Ces recherches sur les transformations du rapport aux différents espaces de vie dans la vieillesse posent, en filigrane, la question de l’évolution de l’entourage relationnel des individus au cours de l’avancée en âge. Dans le cadre de mes recherches sur les relations d'amitiés des femmes âgées, on peut formuler l’hypothèse que la transformation des mobilités quotidiennes des personnes et des espaces qu’elles investissent ont des effets sur leurs relations sociales. L’investissement des espaces de proximité comme la rue ou le voisinage pourrait en effet entraîner la création de nouvelles relations amicales, et le désinvestissement des relations sociales éloignées géographiquement. En outre, une présence accrue dans l’espace domestique pourrait entraîner un risque plus important d’isolement, en réduisant les opportunités de rencontre et les pratiques de sociabilités avec des personnes extérieures. Ainsi, ces travaux mettent sur la piste d’une transformation des géographies relationnelles des individus avec l’avancée en âge, et invitent à penser les évolutions de l’entourage en lien avec la transformation des espaces de vie.
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Thèse en cours. Formes, rôles et significations des amitiés après 75 ans. Une étude compréhensive des relations d'amitié des femmes âgées (mots-clés : sociabilités / amitiés / entourage / vieillissement)
Figures de référence
Julie Pélata. FIGUREZ-VOUS... que les femmes sont plus enclines à ne pas sortir de chez elles en vieillissant que les hommes, y compris dans les générations récentes. Figure ILVV du mois de l'ILVV, Mars 2024
Viviane André. FIGUREZ-VOUS... que les personnes âgées ne se replient pas nécessairement sur l’espace domestique en vieillissant. Figure ILVV du mois de l'ILVV, Octobre 2025
Caroline Laborde. FIGUREZ-VOUS... que l’environnement résidentiel modifie les liens entre problèmes fonctionnels et difficultés à réaliser des activités dans le quartier, différemment selon le type de barrière. Figure ILVV du mois de l'ILVV, Décembre 2023
Marie Meyer. FIGUREZ-VOUS...que le soutien social, l'engagement dans l’apprentissage et le sentiment d'efficacité personnelle s'auto-entretiennent aux grands âges. Figure ILVV du mois de l'ILVV, Novembre 2024
Margot kyriakos
LA FORMATION DES PROFESSIONNEL.LES ACCOMPAGNANT LES PERSONNES VIEILLISSANTES COMME LEVIER DE TRANSFORMATION DES PRATIQUES AGISTES
Les travaux de Clémence Guillermain consacrés aux usages lexicaux en biologie du vieillissement montrent que les termes mobilisés pour décrire les processus liés à l’âge ne sont jamais purement descriptifs. En compartimentant les mécanismes étudiés et en privilégiant des catégories centrées sur le déclin, ces nomenclatures contribuent à circonscrire le vieillissement dans un registre déficitaire. Cette structuration du savoir scientifique n’est pas anodine : elle oriente les représentations collectives, influence les priorités de recherche et façonne indirectement les pratiques professionnelles. Lorsque le vieillissement est d’abord pensé en termes de pertes fonctionnelles, il devient plus difficile d’envisager simultanément les capacités adaptatives, les ressources psychosociales et l’hétérogénéité des trajectoires. Les représentations négatives de la vieillesse, auxquelles s'intéresse Pauline Gouttefarde montrent que l’âgisme traverse les contextes culturels et institutionnels. Les stéréotypes associés à l’âge – fragilité, rigidité, dépendance, inutilité sociale – circulent dans les médias, les organisations et les espaces de soin. Le rapport mondial sur l’âgisme de l’Organisation mondiale de la Santé souligne d’ailleurs que ces représentations ont des effets tangibles sur la santé, la qualité de vie et l’accès aux soins. Les professionnel.·les ne sont pas extérieurs à ces dynamiques : ils et elles y sont socialisé.·es avant même leur spécialisation. La formation initiale et continue devient alors un espace stratégique pour identifier, expliciter et déconstruire ces représentations intériorisées.
Le vieillissement est le produit d’accumulations différenciées tout au long du parcours de vie : ce que Marion Arnaud met en lumière par l’influence de la nature du travail sur les pratiques de prévoyance et l’autonomie économique, une fois atteints les âges élevés. Elle montre que les trajectoires professionnelles conditionnent fortement les ressources disponibles à l’âge avancé : exposition à la pénibilité, discontinuités d’emploi, marges d’épargne inégales. Elle déplace ainsi la focale vers les déterminants structurels des situations des personnes âgées. De même, pour Mira Rahal, le corps vieillissant porte la trace d’expositions inégales durant la vie professionnelles. Les contraintes physiques liées à certains secteurs professionnels, souvent féminisés, produisent des effets différenciés sur la santé au fil du temps. Elle explique que les troubles musculosquelettiques sont plus fréquents chez les femmes renforcent cette lecture cumulative et genrée. Là encore, l’enjeu est d’éviter une interprétation strictement biologique des difficultés fonctionnelles observées à un âge avancé. Comprendre la dimension genrée et professionnelle des atteintes corporelles permet de sortir d’une vision homogénéisante de la vieillesse.
Ces constats convergent vers une critique des approches strictement biomédicales ou individualisantes du vieillissement. Réduire les difficultés rencontrées à un simple effet de l’âge revient à invisibiliser ces inégalités structurelles. Cette naturalisation contribue à une forme d’âgisme structurel, où les vulnérabilités sont attribuées à la vieillesse elle-même plutôt qu’aux conditions sociales qui l’ont façonnée. Les travaux décrits invitent à penser l’âgisme comme un phénomène multiscalaire : discursif, institutionnel et socio-économique. Dans cette perspective, la formation des professionnel·les apparaît comme un levier central. Sensibiliser aux réalités physiologiques du vieillissement ne suffit pas si cette sensibilisation renforce implicitement une vision catastrophiste. Les dispositifs pédagogiques doivent articuler les dimensions biologiques, psychosociales et structurelles du vieillissement, et mettre en lumière la diversité des trajectoires, notamment professionnelles.
Dans le cadre de mes recherches sur la manière de faire évoluer les formations des professionnel·les travaillant auprès de personnes âgées, cette lecture intégrative du vieillissement permet de déplacer le regard : du déficit vers les ressources, de l’âge chronologique vers les parcours de vie, de la vulnérabilité supposée vers les capacités d’adaptation. Une telle approche contribue non seulement à améliorer la qualité de l’accompagnement, mais aussi à prévenir la reproduction de stéréotypes dans les pratiques quotidiennes. En ce sens, la formation constitue un espace privilégié pour transformer les représentations, soutenir une éthique du soin centrée sur la personne et lutter durablement contre les différentes formes d’âgisme.
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Thèse en cours. Simuler le vieillissement : entre sensibilisation, empathie et risques de stigmatisation. Mieux penser l’accompagnement et la formation des professionnels. (mots-clés : Simulateur de vieillissement, Empathie ; Professionnel ; Formation ; Soin ; Personne âgée)
Figures de référence
Clémence Guillermain. FIGUREZ-VOUS... que les termes d'usage en biologie du vieillissement cantonnent les processus étudiés au registre des pertes, du déclin et autres développements pathologiques. Figure ILVV du mois de l'ILVV, Mai 2025.
Marion Arnaud. FIGUREZ-VOUS...que la nature du travail influence les pratiques de prévoyance et l’autonomie économique dans la vieillesse. Figure ILVV du mois de l'ILVV, Septembre 2024
Pauline Gouttefarde. FIGUREZ-VOUS... Que les représentations négatives de la vieillesse traversent les contextes, y compris les plus favorables aux personnes âgées. Figure ILVV du mois de l'ILVV, Février 2025
Mira Rahal. FIGUREZ-VOUS...que les troubles musculosquelettiques sont plus fréquents chez les femmes vieillissantes et s'accompagnent d'autant d'incapacité que ceux déclarés par les hommes. Figure ILVV du mois de l'ILVV, Octobre 2024